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mercredi 9 juillet 2008

le chameau pour remplacer le tracteur.

Le tracteur, espece en voie d'extinction, Le Monde, 05/07/08
Julien Bouissou, New Delhi correspondance

En raison de la hausse du prix de l'essence, les agriculteurs du Rajasthan abandonnent leur tracteur pour le chameau. Un moyen de transport certes plus lent, mais bien plus economique
Son vieux tracteur ne lui sert plus qu'a ecouter des chansons d'amour au moment de la sieste. Hukma Ram, un agriculteur qui possede 35 hectares de terres, a bien du se rendre a l'evidence depuis que le vendeur de bidons d'essence, situe a 25 kilometres de chez lui, a augmente ses prix : rouler en tracteur est devenu un luxe. Il a finalement redecouvert un autre moyen de transport, plus economique, qui peut charger jusqu'a 250 kg de marchandises, avance a une vitesse moyenne de 30 km/h, ne tombe jamais en panne et, surtout, ne consomme pas d'essence.
"Le chameau est l'avenir du tracteur", glisse-t-il, avec un large sourire entre ses oreilles percees de boucles d'or. Sur les routes qui traversent les paysages desertiques du Rajasthan, les chameaux n'ont jamais ete aussi nombreux a tirer, sous un soleil de plomb, des charrettes transportant des bidons d'eau, des villageois ou encore du materiel agricole. "C'est plus lent mais ca ne consomme que de l'eau et des feuilles d'arbustes", marmonne Hukma Ram.
Depuis la hausse du prix de l'essence, les vacances des chameaux sont terminees. Ils ne sont plus autorises a paitre en liberte, comme c'etait l'usage a cette periode de l'annee, et ont droit a seulement quelques jours de repit pendant la mousson. "Nous ne disposons que de tres peu de temps pour mettre les semences en terre. Le tracteur devient alors indispensable", explique Hukma Ram. Le reste de l'annee, le vehicule reste au garage, protege du sable dans une cahute de bois. Les paysans ne sont pas prets a s'en separer. "Meme si un proprietaire de tracteur achete des chameaux, il reste avant tout un proprietaire de tracteur", previent Hukma Ram. L'animal n'est pas encore devenu un signe exterieur de richesse, mais cela ne saurait tarder. Il est devenu rare, et son prix ne cesse d'augmenter.

A la foire de Pushkar, la plus importante du pays, qui a lieu tous les hivers dans un village du Rajasthan, un chameau se vend en moyenne 300 euros, soit cinq fois plus qu'il y a quatre ans. Desormais, la clientele vient de loin, notamment des grandes villes, car le chameau est capable de passer des dunes de sable au bitume sans sourciller. "Il sait gerer la circulation tout en restant serein. On le conduit comme une voiture. Un coup a droite pour accelerer, et un coup a gauche pour freiner", assure Hukma Singh, un vendeur.
Le chameau est le seul moyen de transport qui offre un retour sur investissement aussi rapide. Avec une charrette qui ne coute que 500 euros, la mise de depart est raisonnable. "Il y a tellement d'embouteillages en ville que ca ne sert plus a rien de s'acheter une petite camionnette pour aller plus vite", insiste Hukma Singh.

Preserver les chameaux
L'immatriculation des chameaux est devenue une precaution d'usage depuis que les vols se sont repandus. Sur les fesses gauches de ses cinq betes, Hukma Ram a tatoue au fer rouge le symbole de son village. Seuls les males, reputes pour leur endurance, peuvent travailler. Les femelles, elles, elevent leur progeniture. La tache est d'autant plus precieuse que la population des chameaux a diminue de moitie au cours des dix dernieres annees. Ils ne seraient plus que 450 000 aujourd'hui, d'apres les chiffres du gouvernement indien.
"La politique d'irrigation menee par le gouvernement a considerablement reduit les surfaces de paturage au profit des surfaces cultivees", explique Hanwant Singh, responsable de l'ONG Lokhit Pashu-Palak Sansthan, qui lutte pour la preservation des chameaux. Les animaux sont egalement les victimes des exercices militaires menes par l'armee indienne. Le desert du Thar se situe a la frontiere entre le Pakistan et l'Inde, et a quelques kilometres de Pokhran, le lieu utilise par l'Inde pour ses essais nucleaires. "Au moindre accident, le chameau meurt faute de soins veterinaires", deplore Hanwant Singh.
Depuis que le tracteur a fait son apparition sur les routes du Rajasthan, le metier d'eleveur, transmis de generation en generation, a vu son image se degrader. Dorenavant, les eleveurs, qui profitent de la hausse des prix du chameau, veulent a tout prix investir dans l'education de leurs enfants. "Je veux que mes garcons aillent a l'ecole pour qu'ils aient une vie differente de la mienne. Je ne souhaite pas qu'ils passent leur existence loin de la famille, a manger du pain et a boire du lait de chamelle", avoue Pradeep Ram, le visage burine par le soleil.
Mais, pour assurer un avenir a ses enfants, encore faut-il placer son argent en securite. Faute d'agences bancaires dans le desert, les eleveurs n'ont pas d'autre choix que conserver leurs economies au fond d'une armoire. "Ce qui n'est pas sans risque", soupire Pradeep Ram, depite. Les souris lui ont fait perdre l'equivalent de la moitie d'un chameau en grignotant ses billets pendant la nuit.
Le succes du "nouveau tracteur du desert", capable d'avancer sans essence, cause bien des soucis aux concessionnaires de la region. "Les terres sont transmises a plusieurs heritiers, ce qui conduit a un morcellement des surfaces cultivees. Quand on a si peu de terrain, il est difficile d'acheter un tracteur", analyse Sudeep Aggarwal, un vendeur de tracteurs base a Jaisalmer. Sur un tableau noir, les chiffres inscrits a la craie sont plusieurs fois barres, avant d'aboutir au prix final. Les tracteurs sont vendus au rabais.
Les premiers agriculteurs, qui sous-estimaient le cout d'entretien de la machine, reviennent au bout de trois ou quatre mois pour le revendre. Sudeep Aggarwal pense donc a se diversifier. "Mais le patron est reticent, car vendre des animaux pourrait nuire a la reputation de l'etablissement", regrette-t-il en passant la main sur son front noirci par le cambouis. Tout juste est-il parvenu a lui faire accepter de vendre des etuis en peau de chameau pour proteger les essuie-glaces du sable. Puis, apres un moment de silence, il finit par admettre que "Ford ou Massey Ferguson auraient sans doute du mal a accepter que l'on mette en concurrence leurs tracteurs avec des chameaux".
<http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/07/05/le-tracteur-espece-en-voie-d-extinction_1066799_3234.html#ens_id=1066881>

1 commentaire:

den a dit…

Quand ce sera l'époque des ânes, tu me préviens.

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paysan bio producteur de framboises biologiques. passionné par mon métier. mais gêné par le fait qu'il ne procure pas un revenu suffisant pour faire vivre correctement ma famille. c'est elle la priorité,donc je vais certainement changer de métier.