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lundi 8 septembre 2008

nos dirigeants ne perçoivent pas l'immensité du danger

Nos dirigeants ne percoivent pas l’immensite du danger », Lester Brown, Terra Economica n°58, 03/09/08
Agence Rea, Matthieu Auzanneau, Sipa

Lester Brown, un des ecologistes les plus influents de la planete, analyse pour « Terra Economica » le premier choc ecologique du XXIe siecle

Egypte, Mauritanie, Mexique, Maroc, Bolivie, Pakistan, Indonesie, Malaisie… La liste des pays secoues par des « emeutes de la faim » est longue. Selon le Fonds international de developpement agricole (Fida), une agence de l’ONU, a chaque augmentation de 1 % du prix des denrees de base, 16 millions de personnes supplementaires sont plongees dans l’« insecurite alimentaire ».
Cette situation – non pas cyclique, mais structurelle – rend caducs les modeles d’intervention des organisations internationales, Nations unies en tete.
Aujourd’hui, ces dernieres doivent agir dans des zones ou la nourriture existe, mais ou les gens n’ont pas de quoi se la payer.
Pour Lester Brown, agronome americain, ce n’est pas seulement l’affaire d’une mauvaise recolte. A ses yeux, la planete connait une crise a la fois alimentaire, economique, demographique et ecologique.


A-t-on une quelconque raison d’esperer que la crise alimentaire s’attenue et que les prix de la nourriture redescendent dans le futur ?
Je pense que l’ere de la nourriture bon marche appartient au passe. Nous avons deja connu des hausses importantes des prix des cereales au XXe siecle, mais elles etaient liees a des evenements climatiques isoles. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus complique. Nous faisons face a une chaine d’evenements. Du cote de l’offre, nous assistons a un resserrement des ressources alimentaires mondiales, tandis que du cote de la demande, la population mondiale continue de croitre de 70 millions de personnes chaque annee. En outre, pres de 4 milliards de personnes dans le monde voient leurs revenus augmenter et aspirent a « remonter la chaine alimentaire ». Pour arriver a produire la viande, le lait et les oeufs supplementaires qu’elles reclament, il faut beaucoup plus de cereales.

Quel est l’impact du developpement de la demande d’agrocarburants ?
Cette annee, j’estime que plus d’un quart de la production americaine de cereales ira dans les distilleries d’ethanol. Cette explosion des biocarburants a fait doubler le rythme de croissance de la consommation mondiale de cereales. On est passe d’une augmentation annuelle de 21 millions de tonnes entre 1990 et 2005, a plus de 40 millions de tonnes aujourd’hui.

Les agriculteurs peinent a maintenir les rendements. Pour quelles raisons ?
Le premier facteur, c’est la progression des penuries en eau, consequence d’une production trop intensive. Dans certains pays, le manque d’eau fait meme chuter les recoltes de cereales, notamment en Chine pour le ble – c’est pourtant le premier producteur mondial de cette cereale – ou dans certains pays du golfe Persique. Des pompes d’irrigation qui s’assechent, il y en a aussi beaucoup en Inde, ce qui affecte la production. Et puis, il y a l’erosion des sols qui progresse dans bien des regions : environ un tiers des terres arables dans le monde s’erodent plus vite qu’elles ne sont capables de se regenerer.

Quel est l’impact de l’urbanisation sur l’agriculture ?
La conversion de terres arables en terres perdues pour la culture atteint des records. Regardez le boom de la construction residentielle et industrielle, et les routes, autoroutes et parkings necessaires pour repondre aux besoins des 21 millions de vehicules supplementaires mis en circulation chaque annee.
Agrocarburants, penurie d’eau, erosion, destruction de terres arables : des contraintes telles sur les recoltes qu’il n’a jamais ete aussi difficile d’augmenter l’offre agricole. Depuis sept ans, la consommation de cereales surpasse sa production. Les stocks sont aujourd’hui a leur plus bas historique. Et j’oubliais l’augmentation des temperatures ! Avec 1° C de hausse des temperatures globales, on peut s’attendre a une baisse de 10 % des rendements des cultures de ble, de riz et de mais.

Comment s’en sortir ?
Dans le passe, la solution, c’etait d’augmenter les subventions agricoles pour inciter a produire plus, ou d’investir plus d’argent dans la recherche. Nous devons continuer a faire ces choses-la. Mais il faut avant tout reussir a stabiliser le climat et la population mondiale. Il faut aussi une initiative globale afin d’ameliorer la productivite de l’eau, de la meme maniere qu’au siecle dernier, il y a eu un mouvement mondial pour faire progresser la productivite des sols. Aujourd’hui, les rendements a l’hectare sont trois fois plus eleves que dans les annees 1950.

L’augmentation des prix agricoles n’est-elle pas, finalement, une bonne nouvelle ? N’est-ce pas la condition pour que les agriculteurs puissent investir, augmenter leurs rendements et donc la production ?
Les prix eleves vont inciter les fermiers a produire plus en effet, mais helas, dans beaucoup de cas, cela veut aussi dire plus de surexploitation des nappes phreatiques, plus de deforestation tropicale, en Amazonie et en Afrique. C’est dangereux.

Toutefois, les hauts prix de la nourriture, du petrole et des matieres premieres constituent aussi une opportunite historique pour modifier notre facon d’investir et parvenir a des modes de production durables ?
Je le souhaite mais, pour l’instant, les debats dans les institutions internationales se concentrent sur des solutions agricoles traditionnelles pourtant insuffisantes. Je le repete : la solution pour eviter les penuries de nourriture, c’est desormais d’abord la stabilisation du climat et de la population. Et la, nous sommes tres loin du compte.

A quel point sommes-nous loin du compte ? Vous dites souvent que la mobilisation necessaire est comparable a un effort de guerre.
Il y a de la bonne volonte partout dans le monde, mais je ne vois encore aucune reaction qui soit a la hauteur du danger. La prise de conscience mondiale progresse, mais beaucoup trop lentement.
Je crois que c’est en partie parce que les gens se disent : « Si nous sommes patients, toutes ces difficultes finiront par disparaitre. Prions pour que la prochaine recolte soit meilleure… »
Peu de gens realisent a quel point la recente crise alimentaire a des racines profondes qui sont liees a la structure meme de l’economie planetaire. Pour y echapper, il va falloir des changements radicaux dans le mode de vie humain : moins d’enfants par couple, une alimentation beaucoup moins gourmande en viande notamment. Il faut regarder ces enjeux en face avant qu’il ne soit trop tard !

Mobiliser l’economie mondiale prend du temps. La lenteur des negociations internationales pour limiter les emissions de gaz a effet de serre vous rend-elle pessimiste ?
Bien sur que oui. Meme chez vous, en Europe, les effets du protocole de Kyoto sont encore bien maigres. Ce n’est pas grace aux accords internationaux que nous reussirons a survivre. Nous ne pouvons y arriver que si des initiatives locales spontanees se multiplient pays par pays. La Nouvelle-Zelande envisage, par exemple, de devenir le premier pays neutre en termes d’emissions de gaz a effet de serre. Ce qui est remarquable dans ce choix, c’est que le Premier ministre neo-zelandais n’a pas dit : « Nous allons le faire si l’Australie, la Chine ou les Etats-Unis font pareil. »

Aux Etats-Unis, malgre l’intransigeance de Washington dans les negociations internationales, on voit poindre beaucoup d’initiatives de ce type. Cela vous semble-t-il suffisant ?
En moins d’un an, un puissant mouvement politique partant de la base a presque reussi a imposer un moratoire de fait sur la construction de nouvelles centrales electriques au charbon (qui sont une source majeure d’emissions de gaz a effet de serre, ndlr). Je trouve cela tres encourageant. Sur 151 projets de nouvelles centrales au charbon, plus de 60 ont deja ete abandonnes grace a l’opposition des elus locaux et de la societe civile. Soixante autres projets sont attaques en justice par des associations ecologistes. Si l’humanite survit au rechauffement, ce sera grace a des initiatives democratiques spontanees comme celles-ci. Negocier des accords internationaux, puis les ratifier, prend beaucoup trop de temps. Si on ne compte que la-dessus, le sable aura fini de s’ecouler dans le sablier avant que nous ayons pu faire ce qu’il faut.

Mais la contestation democratique peut-elle l’emporter sur les realites economiques ? Car le charbon reste le moyen le moins cher pour produire actuellement de l’electricite.
Justement ! Les plus grandes banques americaines, comme, JP Morgan ou Citigroup, disent qu’elles ne preteront plus d’argent pour construire des centrales au charbon a moins que leurs constructeurs ne leur demontrent qu’elles seront encore rentables lorsque Washington finira par imposer des restrictions sur les emissions de gaz a effet de serre. Faire cette demonstration est evidemment impossible. La seule certitude, c’est que la democratie finira par imposer ces restrictions. En consequence, Wall Street est donc en train de tourner le dos a l’industrie americaine du charbon. Il y a un an, personne aux Etats-Unis ne voyait venir cette levee de boucliers. Je crois qu’elle va devenir un phenomene planetaire, et ca me rend enthousiaste !
Raison democratique et rationalite economique semblent pouvoir se rejoindre. Depuis quelques mois, les Americains n’achetent pratiquement plus de 4x4. Oui, c’est aussi une tendance interessante, et tres spectaculaire, un effet de la hausse du petrole. Comme si, de fait, une taxe sur le carbone avait ete instituee. Les prix eleves des matieres premieres, du petrole dans le cas present, peuvent finalement etre une bonne nouvelle. Dans ce sens, oui. C’est une heureuse coincidence pour le climat.
En savoir plus :
Earth Policy Institute
- « L’agriculture pour le developpement », rapport 2008 de la Banque mondiale
- « L’etat de l’insecurite alimentaire dans le monde », rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO)
<http://www.terra-economica.info/Nos-dirigeants-ne-percoivent-pas-l,3953.html?bravo=oui>

2 commentaires:

JiBé a dit…

Bravo !!

Belle synthèse !!

La seule objection que serais tenté d'émettre porte sur le titre car, à mon humble avis, nos dirigeants sont tout à fait conscients de la gravité de la situation. Ils sont tout aussi impuissant que nous (voire même plus car ils ont la contrainte de devoir être réélu). Et je vous rejoins tout à fait sur ce point: Seules des initiatives citoyennes peuvent faire changer les choses.
Le rôle des politiques est justement d'initier la prise de conscience, faire naitre des initiatives et les encourager. Une décision est toujours mieux perçu par le peuple si elle vient de lui plutôt que si elle lui est imposée.
La sensibilisation aux problèmes environnementaux est palpable, les initiatives se multiplient et lorsqu'elles ne sont pas néfastes aux intérêts économiques des puissants, elles ont des chances de donner des résultats.

Il y a 2 points que j'aimerais rajouter à votre article:

- Le système politique et économique dans lequel nous vivons est entièrement dépendant de la croissance. Tous les gouvernements craignent la récession et ses effets en cascade. Or la croissance ne provient que de la création de richesses et j'ai la conviction que seule la nature est réellement créatrice de richesse.
(On plante une graine, on l'arrose avec de la sueur et on obtient à manger qques temps plus tard. N'est-ce pas merveilleux? Les financiers auront beau nous expliquer qu'ils connaissent des placements plus rentables, jamais ils ne parviendront à me convaincre que la richesse qu'ils créent n'est pas purement virtuelle et qu'elle ne repose pas, au final, sur l'exploitation de dame nature).
Mais le constat est là:
Si l'humanité ne parvient pas à se séparer de son perpétuel besoin de croissance, elle se condamne à épuiser la planète et ceux qui vivent dessus.

- Les pays "en voie de développement" ont tellement attendu leur tour qu'il va être difficile de leur expliquer qu'il faut freiner leur désir de consommer pour éviter de tuer notre planète. Nous autres occidentaux avons usé et abusé de notre bien-être. Nous avons vécu dans l'opulence pendant tant d'années .. Comment pourrions-nous expliquer à ceux qui parviennent enfin à nous rejoindre (ou même à nous dépasser) que nous avons été un mauvais exemple et qu'il ne faut pas faire les mêmes erreurs que nous?


Personnellement, je me demande souvent comment l'humanité pourra un jour se redresser et enfin respecter la terre et les hommes.

C'est dans ces moments là que je regarde
cette vidéo
... et le courage revient :)

Anonyme a dit…

Nos dirigeants pensent trop a leur petite carriere pour s'interesser a l' immensitée du danger ... que compte de défis la planéte... a relevé pour l intéret de tous
alain

archives

Qui êtes-vous ?

paysan bio producteur de framboises biologiques. passionné par mon métier. mais gêné par le fait qu'il ne procure pas un revenu suffisant pour faire vivre correctement ma famille. c'est elle la priorité,donc je vais certainement changer de métier.